France Cockpit : du rêve de (grand) gosse au « bébé de tout le monde »

Economie

C’est l’idée d’un homme devenue réalité grâce à la collaboration exemplaire d’une escadrille formée d’une douzaine de petites sociétés locales et de quelques « facilitateurs ». Une histoire folle concrétisée par la livraison d’un simulateur d’A320 à Tours puis, ces jours-ci, d’un autre à… Toulouse (hasard, à deux pas du géant aéronautique européen). Avant deux autres et peut-être plus… L’envol vers la grande série ?

Piper, Cessna, Boeing ou Airbus…, ne serait-ce qu’en simulateur, qui ne rêve de faire voler en, « son », avion ? Il y a même des mordus du vol simulé de loisir. Qui n’hésitent pas à construire leur propre « engin » fixe, même s’« il faut six métiers » pour y parvenir. Jean-Louis Sabau est de ceux-là.

Il y a quelques années, lui et un ami ont l’idée de construire deux cockpits. Les premières photos circulent chez les initiés et « j’ai eu très vite de la demande. » Une étude de marché lui apprend que s’il y environ 500 constructeurs de cockpits en France, 3 engins fonctionnent réellement au final, les projets s’écroulant les uns après les autres, surtout par défaut de compétence. « Électronique, informatique, programmation…, je pouvais leur proposer ces compétences ! »

En 2010, l’homme conçoit des kits présentés au Mondial de la simulation. Mais « s’il y a un réel marché, livrer quelques kits par mois, ça ne suffit pas. Mais ça a déclenché l’idée d’un simulateur pour A320 – il n’y avait pas de constructeur (hormis bien sûr Airbus) qui possède l’ensemble des composants. Maintenant, il y a France Cockpit ! »

Une coopération formidable

Le Salon du Bourget de 2013 lui est profitable puisque deux commandes fermes (les livraisons à Tours du 22 mai et à Toulouse fin juin) et 2 autres en option sont enregistrées (depuis, les commandes fermes sont passées à 4 et 2 options étaient en négociation). « En 6 mois, j’ai fait des recherches documentaires, de plans, trouvé les prestataires, les fabricants… Et comme je ne pouvais le faire seul, j’ai fait fonctionner le réseau du village d’entreprises. Tous ont trouvé le projet intéressant. »

Au final, 13 petites entreprises sont de l’aventure, dont les voisins Caulier et Pirus Composites. Cette synergie permet de cumuler les savoir-faire, les contributions techniques de chacune alliée à une extrême réactivité à l’image de LDMD Industries (Vendin-le-Vieil) qui lui a livré le soir une pièce commandée le matin, ou de MGCA (Divion), pour ne citer que celles-là.

En tant que président du comité d’engagement d’Artois Entreprendre (une structure qui aide à la création-reprise d’entreprise) d’abord puis de dirigeant de Pirus Composites, Laurent Pille connait le projet et son porteur depuis le début : « On a voulu accompagner un créateur et un projet innovant. On s’est rendu compte qu’il y a un vrai marché derrière, de vrais intérêts : le loisir pour les particuliers et la dimension formation, pour les professionnels, y compris à l’étranger. »

La société de Laurent Pille est maintenant l’un des fournisseurs principaux de France Cockpit, l’approvisionnant en habillage intérieur, façades de claviers (« un vrai gruyère à réaliser »), poignées de commandes et autres soufflets moulés. Autant de produits qu’il a d’abord fallu concevoir, adapter, mettre au point, ce qui n’est pas rien.

« Bien sûr, il y a l’aspect commercial, reprend Jean-Louis Sabau. Mais ma première réaction a été de me dire que j’étais tombé sur un nid de gens exceptionnels. J’ai été pris pour un fou dans de nombreuses entreprises, mais elles ont aimé cette folie…. Et si je suis le papa, c’est le bébé de tout le monde. Ou, du moins, il a beaucoup de parrains. »

France Cockpit, village d’entreprises de Ruitz, (T) 03 91 801 801 / chtipilot@aol.com